Motto : Crapula ingenium offuscat. Traduction : "le bec du perroquet qu'il essuie, quoiqu'il soit net" (Pascal, Pensées, L : 6/107).


Ce blog est ouvert pour faire connaître les activités d'un groupe de recherches, le Séminaire de métaphysique d'Aix en Provence (ou SEMa). Créé fin 2004, ce séminaire est un lieu d'échanges et de propositions. Accueilli par l'IHP (EA 3276) à l'Université d'Aix Marseille (AMU), il est animé par Jean-Maurice Monnoyer, bien que ce blog lui-même ait été mis en place par ses étudiants le 4 mai 2013.


Thèmes de recherche : Métaphysique analytique, Histoire de la philosophie classique, moderne et contemporaine,

Métaphysique de la perception et de la cognition. Austrian Philosophy. Méta-esthétique.

Philosophie du réalisme scientifique.



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dimanche 9 juin 2013

Trouvailles et Miscellanées en Histoire de la Philosophie contemporaine - I 


1) Dans son article « From analytical psychology to analytical philosophy : the reception of Twardowski’s ideas in Cambridge »,[1] Maria van der Schaar suggère à juste titre que la recension anonyme du texte de Twardowski, donnée ci-dessous, semble être l’œuvre de G. F. Stout, philosophe anglais, professeur de Moore et Russell, éditeur de Mind et éminent diffuseur de la philosophie austro-allemande en Angleterre à la fin du XIXème siècle et au début du XXème.
Il y a en effet quelques concordances avec des expressions que Stout utilise, et dans son Analytic Psychology de 1896 (pp. 40-46), Stout discutant Brentano semble reprendre, à propos de la distinction entre contenu et objet, les arguments de Twardowski, qu’il ne cite cependant pas.
Or dans un article de 1911, « Some fundamental points in the Theory of Knowledge », Stout dit qu’il a élaboré de manière indépendante les développements dont il vient d’être question – il ne revendique pas l’antériorité, qu’il attribue à « Zwardowsky (sic) » mais il réclame simplement qu’on lui accorde une indépendance dans la découverte de ces points.[2]
Si c’est vrai, il n’a donc pu écrire cette recension, qui n’est pas signée.
Que penser de cela ?

La recension (supposément faite) par G. F. Stout dans la revue Mind, New books, vol. 3, n°10, Avril 1894, pp. 274-275, de K. Twardowski, Zur Lehre vom Inhalt und Gegenstand der Vorstellungen. Eine psychologische Untersuchung. Wien : Alfred Hölder, 1894, 111 pages :

« Voici une excellente œuvre d’analyse psychologique, elle montre que l’auteur peut prétendre se classer parmi les plus capables au sein de ce corps de penseurs minutieux et consciencieux ayant été formés à l’école du Professeur Brentano. Les premières quarante-huit pages sont principalement dédiées à l’explication et à la justification de la distinction entre objet et contenu présentés, et à une exposition des confusions et des erreurs qui sont nées de l’avoir négligée. Un objet présenté est celui auquel nous pensons, un contenu présenté est la modification spécifique de conscience par laquelle nous y pensons. Le contenu est présenté dans une présentation ; l’objet est présenté au moyen d’une présentation. Identifier l’un à l’autre est prendre le risque d’une confusion sans fin. Si l’objet était identique au contenu, nous ne pourrions jamais penser à ce qui n’existe pas, car la modification spécifique de notre conscience, par laquelle nous pensons au non-existant, doit elle-même avoir une existence. Une autre conséquence absurde de leur identification serait l’attribution à chacun des mêmes prédicats et parties composantes. Le contenu spécifiant d’une perception ou idée d’une chose étendue, impénétrable et solide devrait être lui-même étendu, impénétrable et solide. Le Dr. Twardowski illustre l’opposition par une mise en parallèle avec la peinture d’une image. L’acte de peindre correspond à l’ « acte » (nous préférerions dire « attitude ») de pensée envers un objet ou le prenant comme référence. L’image peinte correspond au contenu. Le paysage peint, que l’image peinte représente, correspond à l’objet. Le mot « peint » correspond au mot « présenté ».
La doctrine selon laquelle les pensées pourraient exister sans objets correspondants est critiquée d’une manière instructive. Il a été affirmé que des conceptions contradictoires, comme celle d’un carré rond, sont sans objets. Cette perspective implique une confusion entre exister et être objet de pensée. S’il n’y a pas d’objet pensé, à quoi se réfère celui qui pense lorsqu’il utilise le terme « carré rond » ? De toute évidence, il ne se réfère pas au contenu de sa propre conscience. Car ce contenu existe actuellement, et de ce fait il ne peut posséder l’absurdité interne qui exclut l’existence. C’est l’objet auquel il est fait référence qui est vu comme absurde et non-existant. L’impossibilité palpable à dépasser l’idée de l’absurdité fait elle-même partie du contenu présenté dans l’idée à travers lequel est présentée l’absurdité de l’objet.
La dernière moitié du Pamphlet porte sur des questions plus spéciales. L’auteur propose une analyse sophistiquée des objets à partir de leurs constituants formels et matériels, ainsi qu’une analyse correspondante des contenus, mais moins détaillée. Beaucoup de choses dans cette partie de l’œuvre sont intéressantes et appréciables, mais l’intérêt et la valeur en résident principalement dans les détails, et ils seraient perdus dans une présentation abrégée. Une bonne distinction est tracée entre appréhension de la forme et forme de l’appréhension. Ces constituants d’un contenu présenté, par lequel la forme objective (la connexion du tout avec ses parties et de celles-ci les unes avec les autres) est appréhendée, sont des constituants matériels, et non pas formels, du contenu lui-même. La forme du contenu est la connexion d’une appréhension totale avec les appréhensions partielles des composants et de ceux-ci inter se. Le livre conclut par la discussion de la nature des objets qui sont connus à travers des idées générales. L’auteur soutient que cet objet n’inclut pas les particuliers qui sont compris sous le nom de classe et qu’il ne partage pas leur nature multiple. Chacun des exemples particuliers inclut les caractères génériques, comme le nombre 100 inclut le nombre 10. Mais tout comme 10 diffère de 100, ainsi les caractères communs diffèrent-ils des particuliers dans lesquels on les trouve. »

(Traduction Bruno Langlet, 2013)



2) Dans son autobiographie, Russell présente une lettre qu’il avait écrite à Quine.
Russell parle de sa théorie des descriptions, dit qu’elle avait failli ne pas être publiée, tellement Stout la trouvait nulle, et plaisante à propos d’un accident d’avion, où il a survécu (grâce à sa pipe, car les fumeurs étaient rassemblés au fond de l’appareil). Russell dit qu’il a manqué de peu être un non-existant.
Russell écrit aussi qu’il est heureux que Quine ait vu l’allusion à sa personne p. 140.
Mais de quoi Russell peut-il bien parler ?

La lettre du 4 Février 1949 à Quine :

« Cher Docteur Quine, 

merci pour votre aimable lettre et pour votre article "Sur ce qu’il y a", sujet d’une certaine importance. Quand j’ai envoyé ma théorie de la définition à Mind en 1905, Stout a commencé par trouver que c’était tellement nul qu’il a presque refusé de l’imprimer.
Je suis content que vous ayez remarqué l’allusion à votre personne p. 140.
J’ai eu de la chance dans l’accident d’avion, car presque la moitié des passagers ont cessé de faire partie de "ce qu’il y a".

Sincèrement vôtre,

Bertrand Russell »


B. L.


[1] Axiomathes, No. 3, Décembre 1996, pp. 295-324.
[2] In G. F. Stout, 1930, Studies in Philosophy and psychology, MacMillan and co, Londres, p. 355.

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